RUFF'S INTERVIEW

NOUS NOUS CONNAISSONS PEU MAIS AU FOND QUI ES-TU ? Portraits sous forme de questionnaire accompagné d'une photo. Autrement dit une interview, soit un entretien.

31 janvier 2008

MICHEL MEYER /// DOCTEUR BORG////HAMID JINANI

Posté par thomasruff à 10:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 novembre 2007

Hamid JINANI

"Parce que je veux que l’on reste différent.
Sinon on finira tous végétariens
"

Entretien réalisé par Thomas Ruff


Malgré la diversité de tes séries, est-ce que tu peux définir en quelques phrases le style de tes photos ? Et sinon, quel est ton regard sur l’univers de la photographie en tant que mode d’expression?
Mon style c’est : l’économie de moyens. Sinon mon regard sur l’univers de la photo serait plutôt un monde où il y a trop de décorateurs de salon.

Personnellement, j’apprécie beaucoup tes photomontages. Le décalage que tu introduis dans la reconstitution du tout à partir d’une forme géométrique ajoute une distance. Le panorama ainsi déformé débouche sur une autre forme plus complexe. A quel moment décides-tu que l’image est finie ?
En ce qui concerne les photomontages l’image n’est jamais finie, les nombreux clichés réunis lors d’une prise de vue me permettent plusieurs versions d’une scène. Et comme je refais certaines photos 3 ou 5 ans plus tard je me retrouve avec encore plus de versions.

Dans ta série sur les poulets, le corps de l’animal semble exposé comme celui d’un humain. Est-ce un clin d’œil ironique à la photo de nu ? Une manière de dire que tu es végétarien ?
C’est plutôt un regard sur nous et ce que nous nous faisons subir par la société que l’on s’est construit. Etre végétarien est pour moi une forme d’extrémisme, je préfère manger un peu de tout.

Penses-tu que le circuit des galeries européennes est difficile à aborder, et de manière générale quel est ton sentiment par rapport au marché de la photographie ?
Ce n’est pas mon monde.

Si, grâce à un pouvoir illimité octroyé par une fée, tu pouvais prendre n’importe quelle photo, laquelle ça serait ?

D’abord les fées elles donnent toujours trois vœux, donc j’aimerais bien faire ces photos :
-Dans les couilles de mon père
-Ma naissance (la salle d’op. en photomontage couleur)
-Ma mort (gros plan sur le visage en noir et blanc et déclencher à l’instant où la lumière…)

Et si ce n’est pas possible alors je prendrais une choucroute, une bière et l’addition.

Question facile : que penses-tu de la photographie hongroise ?

Laquelle ? Celle des émigrés hongrois qui ont aidé à construire la renommée photographique de la France ou celle d’aujourd’hui que me semble inexistante ?

As-tu un conseil à donner aux apprentis photographes ?

Vas bosser fainéant ! (Ça ne veut pas dire produire des milliers d’images décoratives, mais plutôt de réfléchir à ce que l’on met dans l’image).

Si tu devais créer un drapeau représentant l’humanité entière, à quoi ressemblerait-il ?
Ce serait un rectangle noir avec en son centre un cercle bleu symbolisant la terre. Et en haut à gauche le symbole de sa région de naissance ; parce que je veux que l’on reste différent. Sinon on finira tous végétariens.

Blog de Hamid JINANI
http://hamid2jinani.canalblog.com/

Posté par thomasruff à 21:00 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 septembre 2007

Docteur BORG

"Avec les instruments analogiques je ne suis bon qu'a faire des tâches"

Entretien réalisé par Thomas Ruff


Docteur Borg pour Bjorn Börg le tennisman, ou pour cyborg ?

Borg rime avec Cyborg, c’est vrai, mais ayant personnellement un patronyme fort original je voulais surtout goûter aux joies de l’homonymie. Je pense qu’en temps qu’un des nombreux Thomas Ruff, tu devrais comprendre ça.

A partir de quand, dans ta vie, as-tu décidé que ce serait la bande dessinée et pas autre chose ? Plus généralement, pourquoi es-tu dessinateur ?

Je n'ai jamais décidé que ce serait la bande dessinée et pas autre chose. J’ en ai toujours fait, c’est tout. Comme profession, j'envisageais plutôt guitariste de rock ou Clint Eastwood, malheureusement je ne sais rien faire de ma main gauche et je ne parle pas américain. Je me suis donc contenté de dessiner. La réponse à ta deuxième question est d’une navrante banalité: j’ai commencé à dessiner pour frimer devant les filles et continué pour gagner de l’argent. Je reste persuader qu’une carrière de rock-star aurait tout de même été plus productive sur les deux tableaux.

Tu entretiens un regard critique sur le monde industriel, pourrais-tu expliquer en quoi l'environnement dans lequel tu évolues te fais peur ?

Mon père travaillait en 4/8 dans l’industrie pharmaco-chimique; c’est peut-être de là que vient mon intérêt pour les usines et l’industrie lourde. Mais ce qui me fait vraiment peur c’est la bêtise et le génie humain. Grâce à eux tout est possible. Ce qui me fait vraiment peur, ce n’est pas ce qui change, c’est ce qui ne change pas. La révolution cybernétique et informatique peut nous amener au pire, mais ce ne sera qu’en accentuant la persistance des vielles rancunes et des vielles injustices.Ceci dit je reste très optimiste, tous les futurs sont intéressants, même ceux qui n’incluent plus les êtres humains.

Si tu devais changer quelque chose dans ta cité, que ferais-tu en premier lieu ?

J'abolirais le vouvoiement, cette forme grammaticale vicieuse conçue pour distinguer le riche du pauvre, le vieux du jeune, le bon vernaculaire de l’étranger.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune dessinateur encore dans les jupes de sa mère ?

De la respecter, c’est elle qui le nourrit. De ne jamais lui montrer ses dessins, les mères sont de très mauvaises lectrices, elles nous connaissent trop bien. De se trouver une copine vite fait, les mères ne sont pas éternelles. 

Au niveau technique, fabrique-tu tes dessins directement sur ordinateur ?

Oui, tout n’est que pixels. Avec les instruments analogiques je ne suis bon qu'a faire des taches.

Si tu devais choisir entre la légalisation du cannabis et la gratuité des transports que préférerais-tu ?

Gratuité des transports bien sur, après tout la Hollande n'est plus si loin si le billet est gratuit.

Ta dernière lecture ?

Je ne lis jamais une seule chose à la fois. En ce moment c’est une excellente BD érotique ("Ripple. Une prédilection pour Tina" de Dave Cooper) sur le canapé, au lit un polar post 11 septembre ramassé dans un bar ("Lendemains de terreur" de Lauwrence Block) , à l’atelier un vieux numéro de "système D", devant mon ordinateur le blog de Miss pas touche ( caissierenofutur.canalblog.com) et aux WC une étiquette polyglotte ("Ultra Soupline, douceur et soins.").

Sur ton blog, on y trouve un lien sur le photographe Hamid Jinani. Qu'est-ce qui a motivé ton choix de lui confier ton portrait officiel ?

Il était à la foi compétent, disponible et motivé et c’était le photographe le moins cher à l'ouest de Kehl. La séance s’est plutôt bien passée, même s’il m’a appelé "cyndy" plutôt que "Docteur", et nous allons probablement renouveler l’expérience en ajoutant une touche d’érotisme à l’univers du docteur Borg.

Quel est ton pire souvenir de voyage ?

Je quitte rarement mon quartier, je n’ai donc aucun pire souvenir de voyage qui mérite d’être raconté. Je voyage le moins possible. Je n’aime pas les pays chauds, je ne parle aucune langue étrangère, et je n’ai pas de voiture. C’est un tord, rien de tel qu’un séjour en Indoustan ou qu’un petit tour chez les gueux pour briller en société. Mon exotisme à moi ne va pas plus loin que Bruxelles qui a le mérite d’être à la fois proche, francophone, et riche en vraies bières et en fausses blondes.

Ton prochain projet ?

Dénicher le traducteur le moins cher à l'ouest de Kehl pour faire une version anglaise de mon blog.

BLOG de Docteur BORG
http://pasdeweekend.canalblog.com/

Posté par thomasruff à 19:27 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 septembre 2007

Michel MEYER

"On peut aujourd'hui méditer sur les catégories kantiennes
en choisissant un fromage chez Carrefour"

Entretien réalisé par Thomas Ruff 


D’après ce que je sais, tu as consacré une partie de ta vie à réaliser et monter des films avant de bifurquer vers un travail d’écriture plus important. Cela constitue-t-il pour toi un prolongement logique ?

Il y a nécessairement une logique là-dedans, sinon je suis juste complètement taré, ce que je ne puis admettre. Le montage, c'est simplement ce qui m'a permis de gagner ma vie, je n'en ai d'ailleurs peut-être pas terminé avec ça. Au delà de la dimension matérielle des choses, je suis effectivement passé de l'expression filmique à l'expression littéraire à un moment de crise. À ce moment-là j'avais des scénarii mais pas la possibilité de les réaliser, puisque je ne trouvais pas de producteur. Je me suis donc retrouvé dans la posture désagréable de ne plus pouvoir m'exprimer, puisque le scénario est juste un travail préalable à la fabrication d'un film et n'a quasiment aucun intérêt en soi. D'autre part, je crois que j'étais fatigué de faire des concessions, parce que le cinéma c'est beaucoup de concessions; c'est évidemment très chouette de travailler avec tant de monde, ça enrichi le propos, mais il faut aussi se les coltiner tous ces pingouins, et c'est pas forcément une sinécure. Soudain j'ai découvert qu'on pouvait sortir intégralement une histoire de sa tête, sans avoir recours à rien ni personne.
Entre-temps, je me suis rendu compte que ça n'était pas aussi simple que ça non plus, d'être seul avec son histoire. Il m'arrive d'avoir la nostalgie de l'aventure humaine que représente le cinéma. Rien n'exclut de pratiquer les deux d'ailleurs. Mais pour revenir à la logique du passage du film vers la littérature, je crois que ça a correspondu chez moi à un besoin de recentrage, oui c'est ça, essentiellement un besoin d'essentialiser l'essentiel, si tu vois ce que je veux dire.

Dans tes poésies, je perçois une volonté farouche de fusionner le futile et la simplicité avec une dimension philosophique. Cette radicalité reflète-t-elle un besoin pathologique d’équilibre ?

C'est possible. Je me suis intéressé à la poésie grâce à Houellebecq, avant ça me semblait un genre littéraire un peu suranné, une préciosité sans réel intérêt. Après avoir lu Houellebecq, j'ai redécouvert la poésie, je me suis rendu compte qu'on pouvait toujours s'en servir pour parler de soi et du monde, j'ai aimé son économie de moyens et je pense qu'elle rejoins assez naturellement la philosophie. Pour t'en convaincre, tu peux lire Lucrèce ou Hölderlin ou même Guillevic ou encore Bukowski: ces gens-là ont cristallisé en quelque phrases les postures fondamentales de la vie, et il y a de la musique et de la couleur par dessus le marché. Pareil pour Houellebecq: il a su mieux que personne exposer son humanité dans la modernité, et en alexandrins pour rejoindre les époques classiques.
Par ailleurs ce mélange de futilité et de philosophie est typiquement contemporaine. On peut aujourd'hui méditer sur les catégories kantiennes en choisissant un fromage chez Carrefour, et y trouver une relation. La futilité, j'ai les pieds dedans sans arrêt, donc j'en témoigne; quand j'approche la Beauté, la Mort ou encore Dieu, j'aime aussi en témoigner, mais c'est moins courant.

Question de Marcel Proust : quel est pour toi le comble de la misère ?

Être piégé dans le réel, sans aucun point de fuite. Je crois que ça pourrait être ça le comble de la misère pour moi.

Si tu devais changer quelque chose dans ton visage, quelles indications donnerais-tu à ton chirurgien esthétique ?

Je suis assez content de mon visage. Quand j'étais plus jeune, je voulais être plus grand, mais maintenant je ne veux plus. Ça fait 39 ans que j'essaye de m'habituer à ce que je suis, je ne voudrais vraiment pas tout foutre en l'air et me retaper 40 ans de crise pour m'habituer à ma nouvelle image. Non merci, je préfère conserver ma sale gueule en l'état.

Pratiques-tu un sport ? et si oui, lequel ?

Je fais du vélo et je bois Contrex pour entretenir ma forme. Et ça me permet d'éliminer le raplapla et d'arriver en pleine forme au bureau, pour en foutre plein la vue à mes collègues, qui ne boivent que de l'eau du robinet. Accessoirement ça me permet aussi d'éliminer les joints, le Prozac et la colle à rustine que je consomme régulièrement. Bien évidemment tout cela reste entre nous.

Quelle est ta définition du bonheur ?

À chaque fois qu'il est question du bonheur, je me dis que c'est une vaste arnaque et que c'est un mythe surfait. Mais en fait c'est plus subtil que ça. Le bonheur n'est pas un état durable, il réside en de petits éclats où l'on se sent heureux. Les moments heureux sont rares, ça c'est sûr; dans l'ensemble, l'existence contient davantage de moments pénibles, c'est une certitude.La difficulté est que le monde publicitaire dans laquelle nous baignons nous martèle de jouir constamment du bonheur, or c'est impossible, en résulte donc une frustration constante, qui est en réalité l'inverse du bonheur. C'est difficile de se contenter d'un peu de bonheur. Je crois que les gens qui savent se contenter d'un peu de bonheur sont des gens sages, qui échapperont à de grosses déceptions. Je garde toujours précieusement cette maxime que j'ai reçu dans un gâteau chinois il y a longtemps : " Hope for the best and expect the worst "

La femme fatale pour toi, c’est plus Nicole Kidman, Laure Adler ou Arlette Laguillier ?

La femme fatale c'est ma mère. Nicole Kidman et Laure Adler sont certes appétissantes, mais elles ne sont que des images, donc vraiment pas grand chose. Arlette c'est encore plus dramatique, mais peut-être que sous ses airs syndicalistes se cache une créature d'une infernale beauté.

Si tu m’invitais à manger chez toi, que préparerais-tu ?

Un magret de canard si tu aimes; ma compagne ne mange pas de canard alors que j'en raffole.

Si tu avais deux millions de budget pour un film, par quoi commencerais-tu ?

Je commencerais par me retirer du monde quelques semaines, pour m'habituer à cette perspective, et ensuite, je ferais évidemment un chef d'oeuvre.

Blog de Michel MEYER
http://unjoursurterre.hautetfort.com/

Posté par thomasruff à 21:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]